Arrêtez-moi, de Lisa Gardner

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Première incursion sous la plume de Lisa Gardner et dans l’univers de D.D. Warren. Un roman qui pourrait faire un bon épisode de « Esprits Criminels », car la construction et le genre d’intrigue en sont proches.

Je ressors mitigée de ma lecture. J’ai passé un bon moment grâce à l’originalité de l’intrigue (enquêter sur un meurtre qui n’a pas encore eu lieu) et les petites touches mystérieuses, mais elle me sort déjà de la tête alors que je ne l’ai finie qu’il y a deux semaines. Ce que j’en retiens, c’est surtout le sentiment de malaise qui prédomine dans les thèmes abordés et l’agencement du contexte, un peu trop invraisemblable à mon goût.

L’intrigue est solide, mais le suspense n’est pas insoutenable. L’histoire tire un peu en longueur à cause de ressorts scénaristiques répétitifs. De plus, le coupable est rapidement identifiable. Reste que le sujet est d’actualité et fait froid dans le dos.

Les personnages sont bien construits et variés. L’enquêtrice D.D. Warren doit jongler entre son travail, son fils et ses parents, et j’apprécie la modernité de cette femme capable de tenir tous les rôles. Heureusement, elle peut compter sur un mari parfait et une équipe de choc pour tenir le coup.

Charlene et Jesse sont attachants, et leurs familles d’une complexité effarante. Elles suscitent une sorte de fascination qui met mal à l’aise car ces familles ne se rendent pas compte des conditions décalées dans lesquelles elles vivent. On comprend en les cotoyant que les monstres de la société actuelle ne sont pas que les criminels, ils peuvent aussi être des mères en apparence biens sous tous rapports mais en réalité mentalement instables. On comprend également que la maltraitance peut revêtir des aspects qui ne laissent pas forcèment des traces physiques.

Le lien entre le coupable et Charlene se devine très vite, même si je n’avais pas senti tout de suite sous quelle identité il se cachait.

Un roman agréable et dont on tourne les pages facilement, malgré quelques longueurs arrivé aux deux tiers du volume. Un policier actuel qui traite de plusieurs aspects de la relation enfants-parents et plus largement enfants-adultes, et qui soulève des questions dérangeantes sur des sujets importants. Plus intéressant à lire pour ces thèmes-là que pour l’enquête en elle-même.

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Mémoire blanche, de Pierre Coran

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Tout d’abord, tous mes remerciements vont à Babelio et aux éditions M.E.O. pour m’avoir accordée l’opportunité de faire ma deuxième Masse Critique.

Première incursion dans la littérature belge (non, je ne prends pas en compte Tintin) avec cette réédition dans un format inhabituel. Ni trop grand, ni trop large, le livre est d’une taille idéale pour être bien tenu en main et assez fin pour se glisser facilement dans un sac.

La couverture est souple et les pages douces, ce qui ravira tous ceux qui ont comme moi un rapport sensuel avec les livres.

La police de caractères n’est ni trop petite, ni trop grosse, ce qui me plaît car j’aime avoir une vue globale de la page que je lis.

Les chapitres sont courts et bien aérés. Parfait pour faciliter la lecture et lire rapidement.

Pour continuer à parler de forme, d’entrée de jeu, le roman m’a fait penser à un journal intime que le personnage principal aurait écrit pour aider ses souvenirs à se remettre en ordre. Plus tard, on apprend que le roman est en fait les mémoires que le suspect a écrit en prison.

Ce premier chapitre pose le contexte du roman sans détours.

Les premières phrases sont courtes. Hachées, simples. À l’image du personnage qui n’a pas les idées claires. À mesure qu’il retrouve ses esprits, les phrases s’allongent, s’enrichissent en vocabulaire et se complexifient.

Le roman présente un point de vue intéressant : tout en subissant interrogatoires, reconstitutions et périodes d’emprisonnement, le suspect mène sa propre enquête. Un angle original pour un roman policier.

Le suspect porte d’ailleurs le même prénom que l’auteur, Pierre. Troublant…

À un peu plus de la moitié du roman, le nom du coupable tombe brutalement. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que l’enquête soit résolue à ce moment-là de l’histoire. Ce fut pour moi déstabilisant et décevant. Je me suis demandé ce qui pouvait bien se passer pendant les quarante dernières pages qui justifie que le roman continue alors que l’affaire était bouclée.

La seconde partie du livre parle ainsi de la quête de rédemption de Pierre. J’ai tout autant apprécié la première partie du roman (le côté enquête policière menée par un suspect désœuvré) que cette seconde partie, porteuse d’espoir.

Un livre sur les dangers de l’alcoolisme et les bévues judiciaires, qui évite moralisation et pathos. Une histoire en deux parties de longueurs inégales mais qui se valent en terme de qualité et d’intérêt. De la première découle la seconde. Un roman en deux temps, comme un morceau de musique enivrant. Enivré.

L’affaire Cendrillon, de Mary Higgins Clark et Alafair Burke

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Sous un titre accrocheur et une idée alléchante, se cache un roman qui se lit vite mais déçoit un tantinet sur la fin. L’intrigue est riche et dynamique mais le final fait un peu bricolé. Le roman n’en reste pas moins un policier efficace.

Les chapitres, minimalistes, nous proposent de suivre toute une galerie de personnages aux personnalités et aux parcours variés. La succession de petits chapitres permet de poser son livre à n’importe quel moment mais aussi, et c’est à double tranchant, attise notre faim de lecture. De cette manière, on dévore facilement les pages et les heures sans s’en rendre compte, d’autant que l’histoire se suit sans déplaisir.

Le postulat de départ est accrocheur : une émission de télévision se penche sur des affaires criminelles non élucidées. Dans ce roman, on suit toute la mise en place du show, depuis le choix de l’affaire jusqu’au tournage, en passant par l’approche des différents protagonistes. Mais derrière, se profilent des intrigues secondaires bien montées, riches en thèmes forts et dénonciateurs et en personnages qui dissimulent chacun des petits travers.

Les personnages justement, à la fois réalistes et décalés, donnent à cette histoire une dimension supplémentaire, presque épique. Chacun dévoile petit à petit ses failles et ses tares, et ils se révèlent finalement tous humains dans leurs réactions. On a la satisfaction de voir les méchants enfin punis et les gentils gagner et voler vers un avenir moins sombre.

L’écriture est efficace, la traduction fluide, l’intrigue maîtrisée et les indices distillés au compte-goutte sans jamais nous livrer toutes les clés pour trouver le nom du coupable rapidement.

Plus on avance dans la lecture, plus la tension monte, et l’envie de connaître l’identité du coupable avec.

La fin n’est pas renversante bien qu’elle soit presque imprévisible. Du moins, en ce qui concerne le coupable parce que, pour ce qui est de l’héroïne, on se doute qu’elle va tomber entre ses griffes et s’en sortir in extremis. Cependant, il manque à cette fin un coup d’éclat, une révélation renversante pour faire de ce bon moment de lecture un excellent moment de lecture. D’autant que tout du long, ce ne sont que rebondissements et jeux de pistes qui nous sont proposés.