Histoires insolites de Corée (ouvrage collectif)

9782367270531Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et les éditeurs Decrescenzo de m’avoir accordé leur confiance pour ma première Masse Critique.

J’ai choisi ce recueil de nouvelles car j’ai pu goûter à la culture coréenne lors d’un bref séjour à Séoul qui a su me charmer. Modernité, histoire, traditions, cuisine, paysages, pop culture, hospitalité… Ce séjour a fait naître dans mon cœur l’étincelle nécessaire pour que je me tourne vers la littérature coréenne.

Le livre en lui-même, deux fois aussi haut que large, fait un peu mal aux mains quand on veut le garder grand ouvert, mais l’avantage est que l’œil peut englober d’un coup la totalité d’un paragraphe, ce qui fait que ma lecture a pu être rapide.

Il se compose de six nouvelles de longueur à peu près égale, soit trente-cinq pages en moyenne chacune.

En lisant la quatrième de couverture, j’ai su que les thèmes de ce livre me plairaient. Il faut dire que pas moins de trois nouvelles parlent de livres, de lecture et d’écrivains, mais aussi que l’ensemble baigne dans le fantastique, voire dans la science-fiction.

Je vais tâcher de commenter chaque nouvelle, mais il me faut vous avertir que ce commentaire comportera quelques informations (pas vraiment des spoilers) qui pourraient vous en dire trop sur le contenu. Si vous préférez ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture de cet ouvrage, je vous recommande d’arrêter de lire cette chronique maintenant.

La sensualité de « La Tombe de crabes » m’a marquée. Cette scène d’une femme nue se délectant d’un crabe n’est pas sans rappeler l’estampe érotique japonaise « La Femme du pêcheur », dans laquelle interagissent une femme nue et un poulpe. L’ensemble de la nouvelle balance entre Éros et Thanatos, parle de sensualité et de suicide, ce qui n’en rend la fin que plus forte. La sauce de soja qui fermente, le crabe que le couple va acheter au port et fait mariner plusieurs jours, tout évoque le désir contenu qui explose lors de la dégustation.

La sensualité se poursuit dans la troisième nouvelle, « Les Aiguilles ». Celle-ci ne m’a pas énormément marquée, mais j’en retiens le travail de création de la tatoueuse et sa personnalité introvertie. La jeune femme ne s’exprime jamais aussi bien que lorsqu’elle tatoue, et la beauté surgit de ses doigts à elle, dont les clients trouve le physique ingrat.

De fil en aiguille, il me faut passer à la cinquième nouvelle, « Ta Métamorphose », que j’ai beaucoup aimée. Cette nouvelle m’a surprise sur bien des points. Tout d’abord, sa mise en page, divisée en sous-parties de longueurs inégales, introduites chacune par un titre. Puis, son couple principal qui, à la différence des autres couples du recueil, n’est pas hétérosexuel. Enfin, son genre. Je pensais au départ que ce serait une histoire de chirurgie esthétique, mais celle-là plonge peu à peu dans la science-fiction. Toutefois, ce genre est traité d’une manière si subtile que j’avais l’impression que l’histoire se passait de nos jours. Plutôt déroutante, cette nouvelle m’a laissée pensive sur les dérives que pourraient entraîner cette pratique. Un récit d’anticipation ? L’avenir nous dira si ce développement plutôt effrayant deviendra réalité.chanbok1

Je quitte la science-fiction pour le fantastique avec l’intrigante deuxième nouvelle, « La chambre dansante d’Ivan Menchikov ». Un écrivain mystérieusement disparu, des bruits de pas dans une pièce vide et… pas de solution évidente. On est bien dans le fantastique. Je ne sais trop quoi penser de cette nouvelle car sa fin n’est pas éloquente. Autant j’ai aimé son atmosphère, autant elle me laisse un petit goût d’inachevé. Je reste sur ma faim.

Je terminerai par les deux nouvelles parlant de la lecture. Tout d’abord, nous avons la quatrième, « De Dangereuses lectures ». Prescrire des lectures pour soigner les maux du cœur et de l’âme… Le pouvoir des livres n’est plus à démontrer. Nous savons déjà qu’ils permettent de voyager sans bouger de chez soi, et voilà qu’ils peuvent en plus aider à guérir. Ce bibliothérapeute est bien le seul thérapeute chez qui je me précipiterais ! Voilà une profession qui laisse rêveur. Cette nouvelle distille en prime une belle liste d’œuvres que je ne peux qu’approuver. Mais en quoi ces lectures peuvent-elles être dangereuses ? Pour le savoir, il vous faudra lire cette nouvelle jusqu’au bout.

Enfin, « L’ongle du chef », une nouvelle au titre qui interpelle. Si j’y ai découvert au début un métier que j’aurais adoré exercer, je n’en étais plus aussi sûre à la fin. Un environnement urbain oppressant, des personnalités étranges… La nouvelle m’a marquée par sa présentation en quatrième de couverture («[la] narratrice, absorbée dans ses livres, [se perd] dans le métro ») et sa métaphore de la limace très bien trouvée. La fin est inattendue !

Six nouvelles insolites qui baignent dans l’étrange, pour un ensemble cohérent qui pousse à la réflexion sur des thèmes variés. Une maison d’édition que j’ai eu le plaisir de découvrir grâce à cet ouvrage et que je remercie de nous apporter une littérature encore injustement peu connue.

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Syngué sabour, de Atiq Rahimi

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J’ai eu beaucoup de peine à lire ce livre à cause de son style d’écriture déconcertant. Ce fut une lecture calvaire. L’ensemble est à l’image d’une pierre : pesant, lapidaire et écrasant.

Pourtant, c’est aussi un roman fort, porté par un personnage principal féminin tour à tour touchant et déroutant. Le personnage du mari n’est pas en reste : bien qu’il soit inerte, sa présence n’en est pas moins écrasante pour son épouse et le lecteur.

La violence et la mort hantent la vie de cette femme, depuis les rues de sa ville jusqu’à l’intérieur de son foyer.

Ce récit nous donne à voir ce que nous ne sommes pas censé voir. C’est l’homme que l’on place derrière le voile et la femme qui se libère peu à peu des carcans culturels et sociaux. Qu’elle vienne par la parole, la prière ou la mort, la délivrance la saisit.

Bien que l’intention de l’auteur soit claire, pour moi, le but n’a pas été complètement atteint à cause du style d’écriture et des répétitions.