Crime d’honneur, de Elif SHAFAK

CrimeHonneur

J’ai commencé à lire ce livre avec beaucoup de préjugés sur le sujet, les personnages et l’époque. Je n’ai pas honte de l’avouer car tous ont été balayés et cette lecture s’est d’elle-même muée en un véritable coup de cœur. Comment ne pas être chamboulé et transformé par cette œuvre ?

Les thèmes qui y sont abordés sont forts et importants (l’immigration, la xénophobie, le sexisme) et abordés sous divers angles : l’intégration, la racisme, la misogynie, pour n’en citer que quelques-uns. Mais il y est aussi question d’amour, d’amitié, de la famille ou de grandir.

Les quatre-cent-dix pages ont défilé en un rien de temps. J’ai rarement lu aussi vite. Il faut dire que ce roman est passionnant. Le récit nous fait passer de 1992 à 1952, en passant par 1969, 1978 et j’en passe, et ce sur trois générations, sans jamais nous perdre. C’est là un formidable tour de force de l’autrice.

Ce roman est un coup de poing aux idées reçues. Une œuvre à part, un drame social sur fond de crime(s). Crimes au pluriel car le titre et le résumé en présentent déjà deux : un crime d’honneur et un meurtre.

Les coupables et les victimes sont connus dès le départ. Mais alors, quel est l’intérêt de lire ce roman si l’assassin est déjà connu ? me demanderez-vous. Lisez et vous comprendrez, car l’important dans cette histoire n’est pas tant le crime en lui-même que ses personnages. Le contexte socio-culturel et géographique sert à leur évolution. Les drames sociaux (le destin ?) qui les unissent et les désunissent se jouent sur plusieurs générations d’une même famille.

Les personnages sont terriblement attachants et intéressants, qu’il s’agisse de la famille Toprak, des squatteurs ou des autres personnages secondaires. L’autrice nous fait pénétrer leur histoire, leur intimité (les drames qu’ils traversent) avec une pudeur touchante. Elle réussit à construire des personnages vivants en quelques lignes à peine. Même ceux ne faisant qu’une brève apparition acquièrent une présence marquante sous la plume de l’autrice.

Le roman nous fait passer de la chaleur de la Turquie à la grisaille de Londres, et pas seulement en terme de couleurs. La Turquie, c’est le foyer des Toprak, l’enfance, l’union, la joie, la vie. Londres, c’est la ville des ruptures, des drames, de la survie. Si la Turquie représente le pays des contes de fées de l’enfance, Londres est la réalité et le monde des adultes. Ce roman, c’est aussi le roman de personnages qui ont dû grandir trop vite et devenir adultes avant l’heure.

Et la fin… La fin ! J’aurais la sentir venir à des kilomètres mais l’autrice a tellement bien mené son intrigue que je n’y ai vu que du feu. J’ai été scotchée ! Et presque littéralement puisque je ne n’arrivais plus à décoller du livre avant même d’avoir atteint la moitié. Une histoire brisante (pour les personnages mais aussi pour notre pauvre petit cœur) se joue sous la plume brillante de l’autrice.

Décidément, les suggestions de lectures issues d’algorithmes font toujours mouche. J’avais déjà découvert Joyce Maynard et Nicholas Sparks par ce biais, eh bien « jamais deux sans trois » comme le dit le vieil adage : Elif Shafak vient s’ajouter aux très belles plumes que j’ai pu découvrir de cette manière, plumes auxquelles je ne me serais jamais intéressée autrement.

Ce roman mérite d’être lu. Vraiment. Et jusqu’au bout. Plus qu’une œuvre, un chef-d’œuvre.

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