Shadow Magic (tome 1), de Joshua Khan

Pour la quatrième fois cette année, je tiens à remercier Babelio pour m’avoir permis de participer à sa Masse Critique. Quels titres ! Ma liste était plus longue que d’habitude, et dans celle-ci se cachait un futur petit coup de cœur. Merci aux éditions Seuil !

Ce premier tome de la saga est une petite perle noire et brillante. Sous sa superbe couverture douce comme de la peau de pêche, ce roman n’évite pas les clichés et le déjà-vu, mais il offre une belle originalité : de la fantasy jeunesse qui prend le contre-pied de nos habitudes de lecture. En effet, ici, les ténèbres ne représentent pas le Mal, les êtres de la Lumière ne sont pas tous purs et bienveillants, entre autres.

L’ambiance de ce roman médiévo-fantastico-fantasy en fait sa plus grande force. Des petites touches d’humour et de terreur, voire même lugubres par moments, viennent relever le tout. Pas de quoi faire peur aux enfants, je pense, ils frissonneront avec plaisir plutôt.

Le style d’écriture est simple et efficace, il apporte les informations essentielles pour bien suivre le récit et appréhender les décors et les personnages. L’auteur va droit au but tout en prenant le temps de poser son intrigue. Toutefois, l’intrigue recèle quelques révélations difficiles à prévoir et qui apportent beaucoup de suspense.

Intrigues politiques, secrets bien gardés, magies élémentaires, créatures infernales et personnages mystérieux bâtissent une dimension solide à cette histoire qui ne prend pas les enfants pour des idiots. S’ils en ont marre des contes de fées, nul doute que ce roman saura leur plaire et les surprendre.

L’action est teintée de suspense. Les événements plus calmes entre les faits importants permettent d’en apprendre plus sur la personnalité et le passé des personnages. Tout se dévoile tour à tour sans temps morts. Un mystère, un morceau de décor, un pan de personnalité… il y a toujours quelque chose à découvrir dans ce roman.

Le duo formé par Ronce et Lilith fonctionne à merveille. Quant aux personnages secondaires, comme Gabriel ou Kleef, oncle Pan ou Mary, ils possèdent chacun une personnalité bien distincte et des motivations propres qui ajoutent à la qualité du roman.

Je me suis beaucoup amusée à reconnaître dans les noms des références mythologiques ou étymologiques.

Même si beaucoup d’événements et de scènes sont prévisibles, l’auteur réussit à nous surprendre.

La résolution de l’intrigue est inattendue. Là où beaucoup de premiers tomes prennent trop de temps à démarrer, n’offrent pas de véritable intrigue et ne servent qu’à introduire les personnages, celui-ci se compose d’une véritable histoire et de personnages bien bâtis. On peut d’ailleurs se contenter de ce tome, qui a bien une fin, sans nécessairement lire les suivants.

Ce roman est comme une forêt noire : sombre, crémeux, délicieux, riche, frais, festif,… À offrir les yeux fermés aux jeunes amateurs de fantasy pendant Halloween !

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Séoul, Playstation mélancolique, de Jean-Louis Poitevin

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Troisième Masse Critique pour moi, pour laquelle je tiens à remercier le site Babelio et la maison d’édition Atelier des Cahiers.

J’ai choisi ce livre car j’avais beaucoup aimé ma première incursion dans la littérature sud-coréenne en début d’année. Cette fois-ci, c’est en plus un auteur français que je découvre.

J’ai un gros coup de cœur pour la couverture agrémentée d’une jolie photo. Elle n’est pas glacée, elle me fait passer à du washi ou au papier à lettre artisanal. C’est le genre de petit détail qui fait toute la différence quand on hésite entre livre papier et livre numérique. C’est un vrai plaisir de toucher ce livre-là. De plus, son format, moins haut et plus large que les livres de poche, fait qu’on peut le tenir facilement ouvert sans avoir à forcer sur le dos pour voir les pages en entier.

Le titre est intrigant. Les trois mots me parlent. Séoul, capitale que j’ai eu le plaisir et la joie de découvrir l’année dernière. La Playstation, console de salon que tout le monde connaît. Je ne me serais jamais attendue à trouver ce nom dans le titre d’un roman ! Et la mélancolie, l’état dans lequel se retrouve tout lecteur à un moment ou à un autre (quand il a terminé un livre et se demande ce qu’il va en faire, quand il ne sait pas quoi lire, quand il pleut…)

Les phrases sont longues et la syntaxe complexe, ce qui rend souvent le texte difficile à comprendre.

Le style d’écriture est époustouflant, à la fois poétique et tonique. Les connexions entre des éléments de natures différentes dans une même phrase surprennent toujours. Les expressions tout spécialement créées par l’auteur sont magnifiquement poétiques, telles la langue « cette lécheuse d’oubli » ou l’ego « ce perroquet du silence ». Le style d’écriture, très travaillé, apporte à l’ensemble un goût puissant et hétérogène, mais harmonieux et solide. La composition est complexe et fleure bon les envolées psychédéliques de l’esprit. Un langage complexe, tissé comme le langage binaire d’un programme informatique, parfois aussi déluré qu’un clip.

Les comparaisons, tantôt étonnantes, tantôt éloquentes, mais toujours inspirées et variées, parlent avec poésie de thèmes aussi divers que l’environnement urbain, les paysages ou encore les sens. Originales, elles méritent d’être étudiées.

Le roman s’ouvre sur l’évocation de jeux bien connus (Rubik’s Cube, Lego ou Tetris) et les références au divertissement vidéoludique se retrouveront tout du long. Plus largement, il fourmille de références intertextuelles riches au jeu, à la dictature de l’image électronique, aux jeux de l’enfance et aux jeux des pros. Mais finalement, j’y ai trouvé beaucoup plus d’analogies avec le film qu’avec le jeu vidéo.

Le roman se poursuit par une marche dans la ville, dans les bâtiments, dans les souvenirs aussi, sur fond de récupération d’estampes volées.

Beaucoup de phrases sont très vraies et parleront sans mal au voyageur solitaire, à l’explorateur de villes, aux cœurs et aux esprits ouverts, à l’expatrié.

Le personnage principal est écorché mais fort. Son passé et sa personnalité conditionnent sa vision présente et transparaissent dans sa manière d’appréhender les rencontres, de déambuler dans la ville et dans la vie, d’aborder les événements et les gens.

Séoul est un personnage à part entière dans ce roman. Mégalopole bourdonnante, flashy et dangereuse qui se joue des personnages. La ville donne l’impression de les dévorer, omniprésente dans leur paysage, leurs mots et leurs pensées, leurs vies, leurs objectifs.

À souligner, le très beau passage dans la zone démilitarisée.

Je sens que je n’ai pas tout saisi des propos de l’auteur, mais l’œuvre n’en reste pas moins insolite et originale pour la vision de Séoul et le style littéraire.

Ce roman, c’est une description de Séoul et un style d’écriture kaléidoscopiques. Un auteur qui écrit comme il le sent. Une leçon de littérature qui ne se laisse pas dicter son style par les modes.

Arrêtez-moi, de Lisa Gardner

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Première incursion sous la plume de Lisa Gardner et dans l’univers de D.D. Warren. Un roman qui pourrait faire un bon épisode de « Esprits Criminels », car la construction et le genre d’intrigue en sont proches.

Je ressors mitigée de ma lecture. J’ai passé un bon moment grâce à l’originalité de l’intrigue (enquêter sur un meurtre qui n’a pas encore eu lieu) et les petites touches mystérieuses, mais elle me sort déjà de la tête alors que je ne l’ai finie qu’il y a deux semaines. Ce que j’en retiens, c’est surtout le sentiment de malaise qui prédomine dans les thèmes abordés et l’agencement du contexte, un peu trop invraisemblable à mon goût.

L’intrigue est solide, mais le suspense n’est pas insoutenable. L’histoire tire un peu en longueur à cause de ressorts scénaristiques répétitifs. De plus, le coupable est rapidement identifiable. Reste que le sujet est d’actualité et fait froid dans le dos.

Les personnages sont bien construits et variés. L’enquêtrice D.D. Warren doit jongler entre son travail, son fils et ses parents, et j’apprécie la modernité de cette femme capable de tenir tous les rôles. Heureusement, elle peut compter sur un mari parfait et une équipe de choc pour tenir le coup.

Charlene et Jesse sont attachants, et leurs familles d’une complexité effarante. Elles suscitent une sorte de fascination qui met mal à l’aise car ces familles ne se rendent pas compte des conditions décalées dans lesquelles elles vivent. On comprend en les cotoyant que les monstres de la société actuelle ne sont pas que les criminels, ils peuvent aussi être des mères en apparence biens sous tous rapports mais en réalité mentalement instables. On comprend également que la maltraitance peut revêtir des aspects qui ne laissent pas forcèment des traces physiques.

Le lien entre le coupable et Charlene se devine très vite, même si je n’avais pas senti tout de suite sous quelle identité il se cachait.

Un roman agréable et dont on tourne les pages facilement, malgré quelques longueurs arrivé aux deux tiers du volume. Un policier actuel qui traite de plusieurs aspects de la relation enfants-parents et plus largement enfants-adultes, et qui soulève des questions dérangeantes sur des sujets importants. Plus intéressant à lire pour ces thèmes-là que pour l’enquête en elle-même.

Pirates, de Michael Crichton

9782221115152La chronique de ces aventures à caractère hollywoodien va comporter quelques révélations si vous n’avez pas encore lu ce roman.

Entre la sortie de « Pirates des Caraïbes 5 » et l’étuve des derniers jours, j’avais envie de lire une histoire de pirates des temps jadis. Le moment était idéal pour simuler un voyage à la Jamaïque par ces températures tropicales. Mon choix s’est portée sans hésitation sur le roman de Michael Crichton, certaine de n’être déçue ni par le scénario, ni par les personnages.

Avec ce roman, on est servis en matière d’aventures ! Batailles navales, galions chargés d’or, attaques de kraken, ouragans destructeurs, île perdue habitée par des anthropophages, trahisons et vengeances,… on est gâtés ! Même si on y trouve moins de situations rocambolesques que dans « Pirates des Caraïbes », le kraken pointe tout de même deux fois le bout de ses tentacules.

Le roman est dépourvu de suspense. Les péripéties sont légion et s’enchaînent sans temps morts. C’est simple, on ne se demande pas qui va mourir, car on devine sans peine quels personnages vont trépasser, mais plutôt quand chacun va succomber au malheur. Pourtant, cela ne m’a dérangée à la lecture, sauf pour le petit côté gore peu ragoutant. L’épilogue, d’ailleurs, règle leur compte à ceux qui ont survécu.

J’ai trouvé ce roman d’une longueur idéale. L’intrigue ne présente aucune surprise, avec son lot de trahisons et d’intrigues téléphonées, mais se laisse lire avec beaucoup de plaisir. Ce n’est d’ailleurs pas une lecture difficile. Ma plus grande crainte était de me retrouver submergée (c’est le cas de le dire…) par des termes techniques de marins. Or, ce n’est pas du tout le cas. Bien sûr, le vocabulaire de la navigation et des bateaux est présent, mais il s’intègre au récit sans laisser le non-initié sur la touche.

J’ai apprécié que le livre soit plus poussé du côté du divertissement que de la chronique historique. Je ne l’aurais clairement pas aimé autrement car il aurait sûrement été plus long, plus lourd, plus sérieux et plus bavard. Or, j’avais simplement envie d’une alternative tout aussi rocambolesque et réjouissante à « Pirates des Caraïbes ». À ne pas lire donc si on recherche la vérité historique.

Les lieux sonnent avec familiarité. Port Royal, Tortuga,… tous ces lieux de perdition suintent la même dépravation que les films nous ont montré.

Quant aux personnages hauts en couleur, qui sont de divertissants archétypes, difficile de ne pas tracer quelques parallèles avec les équipages de « Pirates des Caraïbes ». Même si le capitaine Hunter est dépourvu de la folie d’un inénarrable Jack Sparrow, il n’en reste pas moins charismatique, mais Sanson lui vole facilement la vedette.

Ce roman constitue une bonne alternative à « Pirates des Caraïbes ». Avec un peu moins de fantasy mais tout aussi divertissante, cette histoire m’a entraînée avec plaisir dans son sillage. Il se lit facilement, rapidement et avec plaisir, même si la fin m’a un brin frustrée. Une frustration de la taille d’une pièce en moins dans un coffre rempli d’or.

Mémoire blanche, de Pierre Coran

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Tout d’abord, tous mes remerciements vont à Babelio et aux éditions M.E.O. pour m’avoir accordée l’opportunité de faire ma deuxième Masse Critique.

Première incursion dans la littérature belge (non, je ne prends pas en compte Tintin) avec cette réédition dans un format inhabituel. Ni trop grand, ni trop large, le livre est d’une taille idéale pour être bien tenu en main et assez fin pour se glisser facilement dans un sac.

La couverture est souple et les pages douces, ce qui ravira tous ceux qui ont comme moi un rapport sensuel avec les livres.

La police de caractères n’est ni trop petite, ni trop grosse, ce qui me plaît car j’aime avoir une vue globale de la page que je lis.

Les chapitres sont courts et bien aérés. Parfait pour faciliter la lecture et lire rapidement.

Pour continuer à parler de forme, d’entrée de jeu, le roman m’a fait penser à un journal intime que le personnage principal aurait écrit pour aider ses souvenirs à se remettre en ordre. Plus tard, on apprend que le roman est en fait les mémoires que le suspect a écrit en prison.

Ce premier chapitre pose le contexte du roman sans détours.

Les premières phrases sont courtes. Hachées, simples. À l’image du personnage qui n’a pas les idées claires. À mesure qu’il retrouve ses esprits, les phrases s’allongent, s’enrichissent en vocabulaire et se complexifient.

Le roman présente un point de vue intéressant : tout en subissant interrogatoires, reconstitutions et périodes d’emprisonnement, le suspect mène sa propre enquête. Un angle original pour un roman policier.

Le suspect porte d’ailleurs le même prénom que l’auteur, Pierre. Troublant…

À un peu plus de la moitié du roman, le nom du coupable tombe brutalement. Je ne m’attendais vraiment pas à ce que l’enquête soit résolue à ce moment-là de l’histoire. Ce fut pour moi déstabilisant et décevant. Je me suis demandé ce qui pouvait bien se passer pendant les quarante dernières pages qui justifie que le roman continue alors que l’affaire était bouclée.

La seconde partie du livre parle ainsi de la quête de rédemption de Pierre. J’ai tout autant apprécié la première partie du roman (le côté enquête policière menée par un suspect désœuvré) que cette seconde partie, porteuse d’espoir.

Un livre sur les dangers de l’alcoolisme et les bévues judiciaires, qui évite moralisation et pathos. Une histoire en deux parties de longueurs inégales mais qui se valent en terme de qualité et d’intérêt. De la première découle la seconde. Un roman en deux temps, comme un morceau de musique enivrant. Enivré.

L’affaire Cendrillon, de Mary Higgins Clark et Alafair Burke

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Sous un titre accrocheur et une idée alléchante, se cache un roman qui se lit vite mais déçoit un tantinet sur la fin. L’intrigue est riche et dynamique mais le final fait un peu bricolé. Le roman n’en reste pas moins un policier efficace.

Les chapitres, minimalistes, nous proposent de suivre toute une galerie de personnages aux personnalités et aux parcours variés. La succession de petits chapitres permet de poser son livre à n’importe quel moment mais aussi, et c’est à double tranchant, attise notre faim de lecture. De cette manière, on dévore facilement les pages et les heures sans s’en rendre compte, d’autant que l’histoire se suit sans déplaisir.

Le postulat de départ est accrocheur : une émission de télévision se penche sur des affaires criminelles non élucidées. Dans ce roman, on suit toute la mise en place du show, depuis le choix de l’affaire jusqu’au tournage, en passant par l’approche des différents protagonistes. Mais derrière, se profilent des intrigues secondaires bien montées, riches en thèmes forts et dénonciateurs et en personnages qui dissimulent chacun des petits travers.

Les personnages justement, à la fois réalistes et décalés, donnent à cette histoire une dimension supplémentaire, presque épique. Chacun dévoile petit à petit ses failles et ses tares, et ils se révèlent finalement tous humains dans leurs réactions. On a la satisfaction de voir les méchants enfin punis et les gentils gagner et voler vers un avenir moins sombre.

L’écriture est efficace, la traduction fluide, l’intrigue maîtrisée et les indices distillés au compte-goutte sans jamais nous livrer toutes les clés pour trouver le nom du coupable rapidement.

Plus on avance dans la lecture, plus la tension monte, et l’envie de connaître l’identité du coupable avec.

La fin n’est pas renversante bien qu’elle soit presque imprévisible. Du moins, en ce qui concerne le coupable parce que, pour ce qui est de l’héroïne, on se doute qu’elle va tomber entre ses griffes et s’en sortir in extremis. Cependant, il manque à cette fin un coup d’éclat, une révélation renversante pour faire de ce bon moment de lecture un excellent moment de lecture. D’autant que tout du long, ce ne sont que rebondissements et jeux de pistes qui nous sont proposés.

Histoires insolites de Corée (ouvrage collectif)

9782367270531Tout d’abord, je tiens à remercier Babelio et les éditeurs Decrescenzo de m’avoir accordé leur confiance pour ma première Masse Critique.

J’ai choisi ce recueil de nouvelles car j’ai pu goûter à la culture coréenne lors d’un bref séjour à Séoul qui a su me charmer. Modernité, histoire, traditions, cuisine, paysages, pop culture, hospitalité… Ce séjour a fait naître dans mon cœur l’étincelle nécessaire pour que je me tourne vers la littérature coréenne.

Le livre en lui-même, deux fois aussi haut que large, fait un peu mal aux mains quand on veut le garder grand ouvert, mais l’avantage est que l’œil peut englober d’un coup la totalité d’un paragraphe, ce qui fait que ma lecture a pu être rapide.

Il se compose de six nouvelles de longueur à peu près égale, soit trente-cinq pages en moyenne chacune.

En lisant la quatrième de couverture, j’ai su que les thèmes de ce livre me plairaient. Il faut dire que pas moins de trois nouvelles parlent de livres, de lecture et d’écrivains, mais aussi que l’ensemble baigne dans le fantastique, voire dans la science-fiction.

Je vais tâcher de commenter chaque nouvelle, mais il me faut vous avertir que ce commentaire comportera quelques informations (pas vraiment des spoilers) qui pourraient vous en dire trop sur le contenu. Si vous préférez ne pas vous gâcher le plaisir de la lecture de cet ouvrage, je vous recommande d’arrêter de lire cette chronique maintenant.

La sensualité de « La Tombe de crabes » m’a marquée. Cette scène d’une femme nue se délectant d’un crabe n’est pas sans rappeler l’estampe érotique japonaise « La Femme du pêcheur », dans laquelle interagissent une femme nue et un poulpe. L’ensemble de la nouvelle balance entre Éros et Thanatos, parle de sensualité et de suicide, ce qui n’en rend la fin que plus forte. La sauce de soja qui fermente, le crabe que le couple va acheter au port et fait mariner plusieurs jours, tout évoque le désir contenu qui explose lors de la dégustation.

La sensualité se poursuit dans la troisième nouvelle, « Les Aiguilles ». Celle-ci ne m’a pas énormément marquée, mais j’en retiens le travail de création de la tatoueuse et sa personnalité introvertie. La jeune femme ne s’exprime jamais aussi bien que lorsqu’elle tatoue, et la beauté surgit de ses doigts à elle, dont les clients trouve le physique ingrat.

De fil en aiguille, il me faut passer à la cinquième nouvelle, « Ta Métamorphose », que j’ai beaucoup aimée. Cette nouvelle m’a surprise sur bien des points. Tout d’abord, sa mise en page, divisée en sous-parties de longueurs inégales, introduites chacune par un titre. Puis, son couple principal qui, à la différence des autres couples du recueil, n’est pas hétérosexuel. Enfin, son genre. Je pensais au départ que ce serait une histoire de chirurgie esthétique, mais celle-là plonge peu à peu dans la science-fiction. Toutefois, ce genre est traité d’une manière si subtile que j’avais l’impression que l’histoire se passait de nos jours. Plutôt déroutante, cette nouvelle m’a laissée pensive sur les dérives que pourraient entraîner cette pratique. Un récit d’anticipation ? L’avenir nous dira si ce développement plutôt effrayant deviendra réalité.chanbok1

Je quitte la science-fiction pour le fantastique avec l’intrigante deuxième nouvelle, « La chambre dansante d’Ivan Menchikov ». Un écrivain mystérieusement disparu, des bruits de pas dans une pièce vide et… pas de solution évidente. On est bien dans le fantastique. Je ne sais trop quoi penser de cette nouvelle car sa fin n’est pas éloquente. Autant j’ai aimé son atmosphère, autant elle me laisse un petit goût d’inachevé. Je reste sur ma faim.

Je terminerai par les deux nouvelles parlant de la lecture. Tout d’abord, nous avons la quatrième, « De Dangereuses lectures ». Prescrire des lectures pour soigner les maux du cœur et de l’âme… Le pouvoir des livres n’est plus à démontrer. Nous savons déjà qu’ils permettent de voyager sans bouger de chez soi, et voilà qu’ils peuvent en plus aider à guérir. Ce bibliothérapeute est bien le seul thérapeute chez qui je me précipiterais ! Voilà une profession qui laisse rêveur. Cette nouvelle distille en prime une belle liste d’œuvres que je ne peux qu’approuver. Mais en quoi ces lectures peuvent-elles être dangereuses ? Pour le savoir, il vous faudra lire cette nouvelle jusqu’au bout.

Enfin, « L’ongle du chef », une nouvelle au titre qui interpelle. Si j’y ai découvert au début un métier que j’aurais adoré exercer, je n’en étais plus aussi sûre à la fin. Un environnement urbain oppressant, des personnalités étranges… La nouvelle m’a marquée par sa présentation en quatrième de couverture («[la] narratrice, absorbée dans ses livres, [se perd] dans le métro ») et sa métaphore de la limace très bien trouvée. La fin est inattendue !

Six nouvelles insolites qui baignent dans l’étrange, pour un ensemble cohérent qui pousse à la réflexion sur des thèmes variés. Une maison d’édition que j’ai eu le plaisir de découvrir grâce à cet ouvrage et que je remercie de nous apporter une littérature encore injustement peu connue.

Les Chevaliers d’Émeraude (tome 2), de Anne Robillard

les-dragons-de-l-empereur-noirCurieuse mais pas pressée de connaître la suite du premier tome, j’ai lu le deuxième quelques mois plus tard.

J’y ai retrouvé les défauts du premier (longueurs, répétitions) mais, dans l’ensemble, l’histoire a été plus mouvementée et j’ai donc lu ce volume plus vite. La présence d’Asbeth et le fait que quelques scènes se passent sur l’île des hommes-insectes n’y sont pas étrangers.

En parlant de personnages, à part Asbeth, Kira et l’évolution de la relation entre Wellan et Bridgess, rien d’autre ne m’a marquée. J’ai eu la sensation que les chevaliers et leurs écuyers avaient souvent plus la tête à se caser qu’à protéger Enkidiev. Et puis, il y a tellement de personnages que, à part ceux précités, je serais bien incapable de les décrire physiquement et mentalement ! J’ai eu l’impression que les personnages ne servent qu’à nous faire visiter les différents royaumes d’Enkidiev, mais pas à faire avancer l’histoire. Pourtant, on a plus l’impression dans ce tome que seuls les Chevaliers, leurs écuyers et quelques villages peuplent tout le continent !

Comme je ne lis plus les résumés des livres, j’ai été grandement déstabilisée par un fait : l’histoire a fait un bond de sept ans en avant ! Où est la bataille ? Il ne s’est rien passé entre les deux tomes qui mérite qu’on s’y attarde ?

Les détails importants sont noyés sous les sentiments, ce qui fait que je n’ai rien retenu des éléments importants du récit.

Un roman que j’ai lu très vite, qui ne m’a pas ennuyée mais ne m’a pas passionnée non plus. Je vais continuer cette saga car je suis curieuse de voir comment va évoluer le style de l’auteure.

L’été du changement, de Evalice P.M

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Je ne garde pas un souvenir précis de cette nouvelle aux personnages et à l’histoire trop clichés à mon goût. Bien qu’elle soit réaliste, elle n’a pas eu de quoi marquer mon esprit. Et puis, elle est tellement prévisible ! Et entre un faux bad boy et une fille plus paranoïaque que victime, difficile d’être touché par le traitement que leur a accordé l’auteure bien que le travail se fasse sentir.

Au final, c’est une histoire très stéréotypée et donc sans surprise qui fait passer le temps.

Les Chevaliers d’Émeraude (tome 1), de Anne Robillard

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J’ai dévoré ce premier tome. Pourtant, il n’est pas exempt de défauts.

Tout d’abord, je trouve qu’il traîne en longueur et la fin m’a laissée sur ma faim. Ensuite, il y a beaucoup trop de répétitions. Pour finir, il y a beaucoup de personnages et de royaumes mais l’intrigue est centrée sur peu d’entre eux. D’ailleurs, seuls deux personnages m’ont marquée : Kira et Wellan. Mais c’était le but, non ?

Malgré ces défauts, c’est un bon roman de fantasy, bien écrit et qui présente son lot d’originalités. Je ne doute pas que le style s’améliorera de tome en tome et que les autres personnages auront chacun leur tour leur moment de gloire parce qu’il faut bien l’avouer, dans ce tome, il ne se passe pas grand-chose.